Fiche 2

Fiche 2: Adapter les corridors piétons aux besoins des personnes aînées

Cette fiche présente les caractéristiques de corridors piétons favorables à la marche chez les personnes aînées et détaille les principales infrastructures qui les composent. 

Fiche / Guide

Décideurs publics, Professionnels en aménagement

La marche constitue un levier essentiel à l’autonomie et à la santé de la population aînée, à condition de s’appuyer sur des corridors sécuritaires, confortables et directs. Un réseau piétonnier mal adapté, qui impose des détours ou présente des obstacles, restreint non seulement la mobilité des personnes aînées, mais peut également compromettre leur sécurité physique. En misant sur la continuité des parcours et des infrastructures sans entraves, les municipalités créent des environnements inclusifs : ces aménagements bénéficient d’ailleurs à l’ensemble de la collectivité, incluant les enfants et les personnes ayant des limitations fonctionnelles.

Principales caractéristiques des corridors piétons favorables aux personnes aînées

Pour répondre aux besoins de sécurité et de confort des personnes aînées qui marchent, les corridors piétons doivent offrir :

  1. Cheminement direct et court reliant les secteurs résidentiels aux services de proximité (commerces, loisirs, transport collectif, etc.) pour limiter les détours et la fatigue.
  2. Circulation apaisée, notamment dans les secteurs fréquentés par les personnes aînées, pour réduire le stress et le risque de collision.
  3. Corridors piétons séparés de la circulation motorisée et cycliste en toute saison, idéalement par des zones tampons. Sur les rues à caractère local assurer une gestion de vitesse apaisée pour augmenter la sécurité réelle et perçue.
  4. Traversées courtes et sécurisées réduisant le temps passé sur la chaussée grâce à des aménagements adaptés et des feux piétons d’une durée adéquate.
  5. Accès facilité aux traverses piétonnes assurant la continuité des cheminements sur les parcours clés et des traverses sécurisées à une fréquence maximale de 100m sur les rues artérielles.
  6. Corridors rectilignes, bien éclairés et continus, sans obstacles et avec une largeur suffisante pour le croisement confortable de deux personnes utilisant une aide à la mobilité.
  7. Surfaces planes, régulières et non dérapantes*, exemptes d’inégalités, et adéquatement déneigées et déglacées en hiver.
  8. Zones d’attente ou de repos (arrêts d'autobus, pavillons couverts, etc.) dégagées et sécurisées, comprenant bancs et abris permettant de se protéger des intempéries.
  9. Arbres ou autre végétation le long du corridor de circulation pour réduire l’effet d’îlot de chaleur et procurer de l’ombre.
  10. Bancs répartis régulièrement, idéalement aux 100 mètres ou selon le contexte, le long de parcours clés pour le repos et la socialisation.
  11. Mobilier urbain varié (fontaines d’eau, bancs, tables de pique-nique, etc.) et services publics (ex.: toilettes, téléphones, etc.) accessibles toute l’année et répartis régulièrement.  
  12. Signalisation simple et uniforme*.
  13. Signalétique indiquant les directions vers les services de proximité et les temps de marche approximatifs, pour faciliter l’orientation et la circulation autonome.
  14. Éléments d'embellissement et de valorisation (art urbain, décoration, panneaux informatifs, etc.) pour enrichir l’expérience de marche.
  15. Accès à des services de proximité et à des rues animées et conviviales par une approche de densification.

Les types de corridors piétons

Trottoir

Le trottoir est un espace surélevé réservé à la circulation des piétonnes et piétons et propice à la socialisation. Il est aménagé en bordure de la chaussée ou séparé par une banquette, un espace tampon. 

Contexte d’implantation

En milieu bâti, un trottoir est nécessaire de chaque côté des artères, des collectrices municipales et des rues locales lorsque la vitesse affichée est de 40 km/h et plus, lorsqu’il y a plus d’une voie de circulation par direction ou présence d’un circuit d’autobus ou d’un réseau de camionnage1. Un trottoir d’un seul côté de la rue est acceptable là où la vitesse est de 30 km/h et moins. De plus, lorsque l’espace le permet, l’aménagement d’un espace tampon ou d’une banquette entre la bordure et la zone de circulation est souhaitable, car il éloigne les piétonnes et piétons de la circulation automobile et améliore leur sentiment de sécurité. Cet espace permet d’accueillir des arbres et du mobilier urbain (bancs, poubelles, bacs à fleurs, lampadaires, supports à vélo, etc.). La banquette permet d’entreposer la neige et d’accueillir les entrées charretières.

Conception

Les normes existantes sont minimales2. Or, la conception de cette infrastructure piétonne participe grandement au confort et à la sécurité de toute la population piétonne. Elle doit être adaptée à ses besoins et considérer  l’entretien hivernal.

En section courante (le long des rues)

Secteurs générateurs de déplacements  (rues commerciales, abords de services de proximité, etc.) :

  • Largeur de la zone de circulation piétonne de 2,4 m et marge de recul des bâtiments d’un minimum de 0,3 m pour pallier les obstacles en saillie et ouvertures de porte.
  • Au-delà de 2,4 m de largeur, l’aménagement d’un corridor détectable pour orienter les personnes à déficience visuelle est nécessaire.

Secteurs résidentiels  

  • Largeur d’au moins 1,8 m.
  • 1,5 m acceptable dans les quartiers de faible densité.

Pour tous les secteurs 

  • Joints sciés préférables à ceux façonnés à la truelle pour assurer le confort des personnes utilisant un fauteuil roulant.
  • Bancs de repos répartis régulièrement.
  • Entretien hivernal par machinerie adaptée à la largeur du trottoir et épandage d’abrasifs ou de sels de déglaçage essentiels.
  • Les entrées charretières qui viennent interrompre le trottoir sont à éviter. Lorsque possible et nécessaire, privilégier l’abaissement des entrées charretières dans la banquette pour préserver la zone de circulation piétonne sur un plan horizontal. En cas d’abaissement de trottoir, maintenir une zone plane d’au moins 1,2 m de large. Le corridor piéton est ainsi plus confortable et plus sécuritaire pour les piétonnes et les piétons. 

Aux passages piétons 

  • Abaissement de trottoir (ou bateau-pavé), pente limitée préférablement à 5 % pour faciliter le passage des personnes à mobilité réduite et des poussettes3.
  • Bateau-pavé muni d’une surface détectable tactilement et visuellement pour avertir les personnes avec déficience visuelle de la traversée de rue et les orienter dans le couloir de circulation piétonne. Plaque podotactile (largeur de 600 mm) positionnée sur la largeur du bateau-pavé ayant un dénivelé de 13 mm ou moins avec la chaussée et à l’intérieur du passage piéton4.
  • Dégagement de la chaussée au pied du bateau-pavé crucial à la sécurité et au confort de la population piétonne aînée, particulièrement l’hiver. Le drainage doit être adéquat pour limiter l’accumulation d’eau à cet endroit.

Avantages
• Offre une meilleure protection aux piétonnes et piétons.
• Évite les conflits piéton·nes/cyclistes.
• Augmente le sentiment de sécurité des personnes usagères vulnérables.

À considérer
• Les entrées charretières créent des dénivelés difficiles à franchir pour les piétonnes et piétons et augmentent les interactions piéton·nes/ véhicules et donc les risques de collisions.

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Coupe d'une rue commerciale aménagée afin de prendre en compte tous les modes de déplacement
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Coupe d'une rue résidentielle aménagée afin de prendre en compte tous les modes de déplacement
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Exemples d'entrées charetières aménagées avec un trottoir en continu.

Fig. 11 - Rue commerciale
Fig. 12 - Rue locale résidentielle
Fig. 13 - Entrée charetière avec trottoir de 1,8 m aménagé en continu (Adapté de Aménager pour les piétons et les cyclistes, Vélo Québec)
Fig. 14 - Entrée charetière avec trottoir de 1,8 m rétréci (Adapté de Aménager pour les piétons et les cyclistes, Vélo Québec)

Sentier piéton

Le sentier piéton est aménagé hors des chemins publics. Il est séparé de la zone de circulation motorisée et cyclable. Sans obstacles, il offre aux piétonnes et piétons de tous âges un espace de déplacement pour bouger et socialiser. Il peut aussi faciliter la connectivité entre des lieux générateurs de déplacement. 

Conception
  • Largeur de 1,8 m recommandée, bien qu’un minimum de 1,5 m soit acceptable.
  • Délimitation tactilo-visuelle, c’est-à-dire facilement reconnaissable (bordures contrastantes) et perceptible par la canne de détection.
  • Idéalement avec revêtement en bitume, une surface confortable appréciée par les piétonnes et piétons.
  • Possibilité de revêtement de gravier (criblure de pierre), mais ce type de surface exige plus d’efforts aux personnes en situation de handicap (personnes avec aide à la mobilité, personnes avec déficience visuelle, etc.).
  • Dans le cas d’un sentier en retrait de la piste cyclable, il faut créer une zone tampon, par exemple une bande végétalisée d’au moins 1 m, une bande podotactile d’au moins 0,2 m, ou une dénivellation, le sentier étant alors aménagé comme un trottoir5.
Contexte d’implantation

Ce type de corridor piéton peut être aménagé dans un parc, entre des résidences ou encore dans un stationnement pour créer des raccourcis et ainsi assurer un cheminement court entre les quartiers résidentiels et les secteurs générateurs de déplacements. 

Attention: Le sentier piéton doit être en retrait de la piste cyclable, et non sous forme de sentier polyvalent, dès que le débit total est supérieur à 300 personnes usagères à l’heure la plus achalandée ou que les piétonnes et piétons constituent plus de 30 % des personnes usagères. 

Avantages
• Incite à la marche, donne accès au paysage, encourage la socialisation.
• Réduit les temps de parcours lorsque le sentier piéton crée de nouveaux liens dans le réseau existant.
• Séparé de la piste cyclable, il évite les conflits piéton·nes/cyclistes.

À considérer
• Assurer le déneigement du sentier pour favoriser la marche en toutes saisons.


MOBILIER URBAIN
  • Prévoir du mobilier (bancs, tables de pique-nique, balançoires, etc.) de couleur contrastante  avec l’environnement.
  • Prévoir des bancs munis de dossiers et d’accoudoirs avec de l’ombragé l’été et sous un abri contre  les intempéries.
  • Privilégier un design perceptible par la canne de détection dans tous les angles d’arrivée6.
  • Fixer les bancs sur une dalle de béton juxtaposée au trottoir ou au sentier pour faciliter l’accès aux personnes utilisant une aide à la mobilité. Prévoir une marge de recul suffisante pour permettre le dégagement des jambes.
  • Prévoir une diversité de mobiliers urbains pour satisfaire la multitude de besoins (différents types de bancs, fontaine d’eau, modules d’exercices, boutons d’urgence, signalétique, etc.).

Astuce : L’hiver, déneiger quelques bancs le long des parcours piétons empruntés par les personnes aînées.



ENTRETIEN DES INFRASTRUCTURES PIÉTONNES 

Il ne suffit pas de concevoir des infrastructures adaptées, il est également essentiel de planifier et d’assurer  leur entretien. Des surfaces glissantes, endommagées ou mal déneigées peuvent limiter l’accès et décourager la marche, en particulier pour les personnes aînées. Budgéter et intégrer les mesures d’entretien dès la conception, en coordination avec les services de travaux publics, garantit la sécurité et la continuité des parcours en toute saison.


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Références

  1. Vélo Québec. (2019). Aménager pour les piétons et les cyclistes. Guide technique. Vélo Québec.
  2. Ministère du Transport et de la Mobilité durable (MTMD). (2020). Tome 2 – Construction routière, « Chapitre 6 :  Trottoirs » MTMD.
  3. Vélo Québec, op. cit.
  4. Société Logique, et Institut Nazareth et Louis-Braille, op. cit. p. 44-58
  5. Vélo Québec (2023). Fiche technique Cohabitation des piétons et des cyclistes sur les sentiers polyvalents. https://routeverte.com/content/uploads/2023/05/VQ_Fiche-technique_Cohabitation-pietons-cyclistes.pdf
  6. Ibid.

 

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