Piéton qui marche le soir sur le bord de la chaussée

Marcher le soir est-il un crime?

Introduction

Lettre ouverte signée par Sandrine Cabana-Degani, directrice générale de Piétons Québec, en réaction au texte «Une contravention pour marcher du mauvais côté de la rue: «Ça n’a juste aucun sens»», publié dans La Voix de l'Est.

Points de vue | 10 mars 2026

Sécurité routière
Zones modulaires

Paru dans La Voix de l'Est du 10 mars 2026

En septembre, quatre jeunes ont pris la décision de ne pas conduire à leur sortie d’un bar de Bromont, mais plutôt de marcher en direction de leur hôtel. Une bonne décision, direz-vous? À mon avis, c’est une décision qui devrait être saluée, voire même être promue. Mais, pour des policiers en exercice ce soir-là, le fait que ces jeunes se déplacent à pied était une anomalie, quelque chose qui méritait d’être investigué, bref, une action potentiellement répréhensible.

Que peuvent bien faire quatre jeunes sur ce boulevard en plein milieu de la nuit? En effet, ils ont été interpellés par la police et, à la suite d’une discussion houleuse avec les forces de l’ordre, certains d’entre eux ont reçu une contravention, en vertu de l’article 453[1] sous prétexte qu’ils ne marchaient pas du bon côté de la rue.

Pourquoi ne marchaient-ils pas du bon côté de la rue? Parce que l’éclairage est meilleur et plus sécuritaire du côté qu’ils ont choisi. Une affirmation qui a été réfutée par l’avocat de la Ville de Bromont: «Le boulevard de Bromont n’a pas 100 pieds de large. S’il y a des lampadaires de l’autre côté de la rue, je ne vois pas en quoi l’autre côté n’était pas éclairé. [...] C’est le gros bon sens qui s’applique.»

Il est quand même particulier que la Ville de Bromont défende une certaine obligation de circuler à un endroit particulier alors qu’elle n’offre aucune protection pour les personnes qui se déplacent à pied. Le boulevard de Bromont fait quatre voies de large, il n’y a pas de trottoir et le seul passage pour piétons ne présente aucune mesure de protection (ex. : îlot refuge). Pourtant, c’est un boulevard qui traverse un milieu habité avec plusieurs commerces. Le gros bon sens ici serait d’offrir un trottoir à la population, non?

Depuis ses débuts, Piétons Québec interroge les pouvoirs publics sur les priorités en matière de sécurité routière. Alors que nous tolérons encore que des conducteurs conduisent avec un taux d’alcool dans le sang plus élevé que dans les autres législations canadiennes, que l’utilisation du cellulaire au volant demeure un fléau, nous nous interrogeons sur la pertinence de réprimer des comportements qui ne mettent pas en danger la vie d’autrui.

Encore plus si ce comportement a été adopté par un piéton parce qu’il s’y sentait davantage en sécurité et dans un contexte où nous avons failli dans notre devoir de société de leur offrir un chemin réellement sécuritaire.

Marcher le soir n’est pas un crime. Nous avons espoir qu’un jour, dans le même contexte, l’intervention policière se serait limitée à s’arrêter pour dire à ces jeunes : «Bravo d’avoir pris la décision de marcher.»


[1] 453. Lorsqu’aucun trottoir ne borde une chaussée, un piéton doit circuler sur le bord de la chaussée ou sur l’accotement et dans le sens contraire de la circulation des véhicules, en s’assurant qu’il peut le faire sans danger.

Malgré le premier alinéa, un piéton peut circuler dans le même sens que la circulation, afin d’éviter de traverser la chaussée à plus d’une reprise sur une courte distance ou afin de circuler du côté éclairé du chemin public ou du côté où l’accotement est le plus large, après s’être assuré qu’il peut le faire sans danger.

 

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